dimanche 19 janvier 2014

POURQUOI N'Y A-T-IL PAS DE CINEMA A CHASSIEU?



Albert Bruzzese
Ajoint aux Affaires Culturelles
et aux Nouvelles Technologies
Des candidats de l'opposition municipale semblent s’étonner que notre ville ne propose plus de projections de cinéma dans sa salle de spectacle, depuis l’ouverture du Karavan Théâtre.
La raison en est simple, mais ne peut convenir à ces personnes : en effet, elle est uniquement d'ordre budgétaire.


Aujourd’hui, pour qu’un local soit estampillée salle de cinéma, il doit répondre obligatoirement à une certaine configuration (angle de vision, taille et qualité de l’écran, espace entre les fauteuils…). La salle du Karavan, ne satisfait pas à ces dispositions qui sont apparues lors du passage au cinéma numérique (2011-2012). Finies les bobines de 35mm, il faut désormais obligatoirement faire l’acquisition d’un projecteur numérique dont les prix oscillent entre 150 000 et 200 000 € pour les premières gammes… Pour avoir des projections en 3D, c’est bien sûr, encore plus onéreux.

A cela s'ajoutent les frais fixes de l’ouverture de la salle. Grosso modo, une ouverture avec réception de public, c’est, pour la collectivité, entre 1 500 € et 2 000 € par jour. La loi fait obligation, dès qu’un Etablissement Recevant du Public de 3e catégorie, tel que notre Karavan, est ouvert, de disposer d’un nombre minimum de personnel : un SSIAP (Service Sécurité Incendie Aide aux Personnes) qui ne doit faire aucune autre tâche que la sécurité, un technicien projection et éclairage salle, un gardien et, pour organiser la venue du public de manière confortable et sécurisée, un nombre suffisant de personnes assurant son encadrement. Se rajoutent à cela, les fluides consommés (eaux, électricité, chauffage) et les frais de nettoyage nécessaire à remettre la salle de spectacle en état, après la projection. Et tous ces agents, qui oeuvrent toujours avec amabilité et professionnalisme, ne le font pas gratuitement. Ce sont vos impôts qui les rémunèrent.

Bien sûr, on s’acquittera des frais de location du film projeté ainsi que le paiement des divers impôts et taxes.

En face de ces investissements et de ces frais supportés par la collectivité, il faut aussi connaître l’économie du cinéma et surtout du cinéma sur notre bassin de vie, qui a bien évolué depuis huit ans.

Président de l’AGEC, en 2008, j’ai eu tout le loisir d’étudier les saisons de cinéma de l’association. La moyenne de spectateurs par film était inférieure à 30 personnes, alors que les films projetés étaient récents, la plupart étaient à Chassieu seulement un mois après leur sortie nationale. Pour un Disney de fin d’année qui faisait salle comble, des projections plus fréquentes, avec moins de dix personnes dans la salle… Je sais qu’aujourd’hui, le constat ne serait pas le même, loin de là…

Car notre bassin de vie concernant la diffusion cinématographique a considérablement évolué. Le 1er avril a inaugurer,  au Carré de Soie, à Villeubanne, un centre commercial avec un multiplexe cinéma Pathé, disposant d’une quinzaine de salles.  Il propose des projections en 3D, en Imax, et toutes les innovations que l’industrie cinématographique invente. Il draine, ainsi, une population nombreuse, constituée principalement d’adolescents ou de jeunes familles, qui viennent visionner les derniers blockbusters américains tout en consommant force boissons et friandises. Je vois mal ce public « récréatif » délaisser les salles modernes et confortables de ce multiplexe, pour venir voir des œuvres projetées au Karavan Théâtre…

Sur les communes voisines des salles de cinéma d’art et d’essai se sont développées. Elles subsistent toutes, grâce aux différentes subventions que leur accordent les instances régionales, départementales et, bien sûr communales.

Pour relancer les projections de cinéma, c’est donc un budget d’au moins 700 000 € la première année (mise en conformité de la salle + achat du projecteur + frais fixes inhérents à la structure), et encore, seulement si les travaux nécessaires au Karavan Théâtre sont possibles, ce qui est loin d’être acquis.

Ensuite, j’évalue à 300 000 € par an, les frais fixes engendrés par cette animation (frais de location des films, charge de personnel, frais d’entretien de la salle, impôts et taxes divers…). Pour une recette qui, au mieux, pour 20 séances dans l’année, à 75 personnes en moyenne  (je compte large…) et à 7€ la place : 10 500 € de recettes… A la collectivité de supporter les 289 500 € restants…

C’est vrai,  Chassieu n’a pas de salle de cinéma. Pour autant, le cinéma n’est pas absent de l’offre culturelle chasselande : des projections gratuites sont organisées pour les scolaires et  la médiathèque dispose désormais d’un écran de projection qui lui permet de projeter régulièrement des films comme, durant le mois du documentaire, ou avec les associations chasselandes.

Ainsi,  plutôt que de faire supporter à l’ensemble des Chasselands des projets dispendieux, je préfère gérer aux mieux les structures existantes. Chassieu dispose d’une médiathèque dynamique et gratuite qui voit sa fréquentation augmentée, d’un Conservatoire de Musique et de Danse apprécié avec des inscriptions en hausse constante, d’un Atelier municipal de Couture attractif et inventif  et d’une salle de spectacles désormais reconnue et dont les soirées à guichets fermés ne se comptent plus. Nombre de communes limitrophes et bien plus peuplées que notre ville ne peuvent pas en dire autant…

Alors finalement, notre ville n’a pas de cinéma, certes, mais  elle n’a pas non plus de patinoire, ni de Musée d’Art Contemporain, ni de zoo et encore moins de parc d’attraction aquatique…
Chassieu ne vit pas isolée, elle est une ville qui vit au cœur d'une agglomération dont l'offre cinématographique ne manque pas avec des salles performantes avec lesquelles elle ne pourra pas rivaliser.

Pour conclure, il est facile de proposer mais, auparavant, faut-il encore travailler ces dossiers et faire des propositions réalistes et honnêtes à nos concitoyens !



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